Cet hiver, ne vous trompez pas de sirop !

La Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ), évidemment affiliée à l'UPA, déclare un surplus d'inventaire de 56 millions de livres de sirop invendu.
Dans un marché libre, n'importe quelle entreprise aux prises avec un tel inventaire ferait une vente pour écouler ce stock.
Or, au lieu de vendre à rabais un produit qui se gâte avec le temps, la FPAQ demande à la Financière agricole, financée par l'ensemble des contribuables, un octroi de plus de $25M pour mettre sur pied une campagne publicitaire visant à inciter les consommateurs (contribuables) à acheter du sirop.
Vous aussi, lecteur/trice, pensez que c'est une blague, hein.
Mais ce n'est pas la meilleure : le sirop pour lequel la FPAQ maintient artificiellement le prix élevé est de qualité douteuse. Cet automne, lors des tests effectués sur plus de 300 échantillons, 88% se sont révélés avoir des problèmes de salubrité et 50 % ont des problèmes de salubrité graves. Une canne sur deux vendue dans les grandes surfaces. Vous n'en mourrez pas mais vous allez être malade. Non seulement c'est une blague mais elle a mauvais goût en plus.
Vous en voulez encore une : à cause des surplus, cette même FPAQ demande à ce qu'on paie des producteurs pour ne pas qu'ils produisent. Après, évidemment les avoir incité antérieurement à produire au maximum pour qu'ils puissent ainsi posséder le plus gros quota possible. On les paierait avec quelle argent? Pas l'argent de l'UPA qui prélève sa " cote " sur chaque canne produite et vendue et dont le budget d'opération est considéré supérieur à celui du MAPAQ. Non. L'argent des contribuables-consommateurs. Ces derniers paieraient donc quatre fois pour le sirop : subventions pour le produire, subventions pour ne pas le produire, subvention pour se le faire vendre et achat sur la tablette des grandes surfaces.
En ce qui concerne la production alimentaire faite sur son territoire, avec son argent, la population du Québec est prise en otage par un groupuscule. L'UPA, avec ses concepts d'agence de vente obligatoire, de plans conjoints obligatoires et de mise en marché collective des denrées contrôle complètement le commerce des aliments produits ici. Comme dans ce qui se passe au niveau des banques ou des pétrolières, nous sommes soumis à un monopole : l'UPA est le seul syndicat agricole qui, légalement, peut représenter les agriculteurs. Elle impose sa vision, ses façons de faire à tout le monde et il ne nous reste qu'à payer le gros prix pour des produits de qualité douteuse.
Chose extrêmement malheureuse, cette situation porte un grave préjudice à tous les producteurs de sirop qui vendent encore directement leur produit aux consommateurs et qui ont le courage, eux, d'inscrire leurs nom et numéro de téléphone sur les cannes qu'ils mettent en marché.
Puisque, par le biais des subventions (donc de l'argent des contribuables), l'agriculture et la mise en marché des produits alimentaires est l'affaire de tous les citoyenNEs, il faut impérativement la tenue d'États généraux sur l'agriculture : redéfinir les pratiques de l'agriculture et de la mise en marché des aliments produits ici. Il faut aussi, sans délais, permettre à plus d'un syndicat agricole d'exister.
M. Vallières, ministre de l'agriculture, rares sont les occasions dans la vie d'un humain de poser un geste concret et significatif pour le bien-être de ses concitoyenNEs.
Je vous mets donc au défi de poser un tel geste et de changer la Loi des producteurs agricoles pour permettre un pluralisme syndical en agriculture et de mettre sur pied ces États généraux.
La farce a assez durée. C'est une question de survie de l'humanité.
Guy Boissé, 17 novembre 2005.