Les
Instructions Secrètes des Jésuites
(Monita Secreta)
d'après le Manuscrit Authentique
Lettre
de Lenculus à Nenki: concernant les Monita Secreta, tu
le retrouves en diffusion libre sur le net grâce à
Toi et à ma reprise et mise en page de l'original.
N'oublies
pas et dis à Joël toutefois que ceux qui ont édité
ce document ne sont que ceux qui les combattent avec toutes les
armes qui sont leurs : les Francs-maçons. Il me paraît
intéressant de te le signaler.
En
effet l'éditeur de cet opuscule à l'usage de ceux
qui veulent savoir en loge est édité par L'Acacia
16, rue cadet ou le siège du :
Grand
Orient de France et de la Franc-Maçonnerie
16, rue Cadet 75009 Paris
ouvert tous les jours sauf dimanches et fêtes
de 14h à 18h
tel : 01 45 23 20 92
Donc
attention à la désinformation.
Il
est vrai qu'il est devenu introuvable ou difficile à lire
sauf depuis qu'un jour, un jeudi, jour de marché à
Bagnères de Bigorre, je me suis trouvé ce document
au milieu d'une pile de livres divers et que dans mon incommensurable
bienveillance à l'égard de l'humanité inculte,
je me suis dévoué pour le remettre en ligne.
Bonne journée - ami.
UUne copie écrite du document de
trouve dans la revue Undercover n° 3 / 40 rue du Paradis
76530 Grand-Couronne - France
Les Secrets des Jésuites
(Monita Secreta)
Avertissement
Les Monita
Secreta, ou Instructions secrètes des Jésuites,
ont été publiées pour la première
fois à Cracovie en 1612. D'autres éditions suivirent :
celle de Paderborne 1661, et, en France celles de 1718, 1819,
1824, 1845, 1861, 1867, 1876, enfin celle publiée chez
Cornély en 1901. Toutes sont introuvables aujourd'hui.
Le texte
que nous publions est celui qui a été collationné
sur le manuscrit du Père Brothier, dernier bibliothécaire
des Jésuites de Paris avant la Révolution. Il est
conforme au manuscrit authentique des Archives de la Belgique,
au Palais de Justice, à Bruxelles.
Catalogué
sous le n° 730, il provient d'un Collège dit Limbourg
hollandais où il fut saisi lors de la suppression des
Jésuites dans tes Pays-Bas, en 1773.
Il en
est fait acte dans le Protocole des délibérations
du comité établi pour les affaires résultant
de la suppression de la Société des Jésuites
aux Pays-Bas, 25 octobre 1773, avec signatures de MM. les conseillers
Leclerc, le comte Philippe Nouyi, Cornet de Grez, Limpeux et
Turck.
Préface
Que les
supérieurs gardent et retiennent entre leurs mains, avec
soin, ces instructions particulières et qu'ils les communiquent
seulement à quelque peu de profès ; instruisant
de quelques-unes les non-profès, lorsque l'avantage de
la Société le demandera, et cela sous le sceau
du silence et non comme si elles avaient été écrites
par un autre, mais prises de la propre expérience de celui
qui les dit. Comme plusieurs des Profès sont instruits
de ces secrets, la Société a réglé
depuis son commencement que ceux qui les sauraient ne puissent
se mettre dans aucun des autres ordres, excepté dans celui
des Chartreux, à cause de la retraite on ils vivent et
du silence inviolable qu'ils gardent, ce que le Saint-Siège
a confirmé.
Il faut
bien prendre garde que ces avertissements ne tombent entre les
mains des étrangers, parce qu'ils leur donneraient un
sens sinistre, par envie pour notre ordre. Que si cela arrive
(ce qu'à Dieu ne plaise!) que l'on nie que ce soient
là les sentiments de la Société, en le faisant
assurer par ceux que l'on sait de certitude l'ignorer, et en
leur opposant nos instructions générales et nos
règles ou imprimées ou écrites.
Que les
supérieurs recherchent toujours avec soin et avec prudence
si quelqu'un des nôtres n'a point découvert à
quelque étranger ces instructions; car personne ne les
copiera ni pour soi ni pour un autre, ni ne souffrira qu'on les
copie, que par le consentement du général ou du
provincial, et si l'on doute si quelqu'un est capable de garder
de si grands secrets, qu'on lui dise le contraire et qu'on le
renvoie.
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Instructions Secrètes des Jésuites
(Monita Secreta)
Chapitre Premier
De quelle manière
la Société doit se conduire
lorsquelle commence quelque Fondation.
01. Pour se rendre agréable
aux habitants du lieu, il importera beaucoup d'expliquer la fin
de la Société, telle qu'elle est prescrite clans
les règles, où il est dit que la Société
doit s'appliquer avec autant d'efforts au salut prochain qu'au
sien propre. C'est pourquoi il faut faire les plus humbles offices
dans les hôpitaux, aller voir les pauvres les affligés
et les prisonniers. Il faut ouïr les confessions promptement
et indifféremment afin que les plus considérables
habitants du lieu admirent les nôtres et les aiment, à
cause de la charité extraordinaire que l'on aura pour
tous et la nouveauté de la chose.
02. Qu'ils se souviennent tous
de demander modestement et religieusement le moyen d'exercer
les ministères de la Société et qu'ils tâchent
de gagner la bienveillance principalement des ecclésiastiques
et des séculiers de l'autorité desquels on a besoin.
Chapitre II
De quelle manière les
pères de la Société
pourront acquérir et conserver la familiarité
des Princes des Grands et des personnes les plus considérables.
01. Il faut faire tous nos efforts
pour gagner partout l'oreille et l'esprit des princes et des
personnes les plus considérables, afin que personne n'ose
s'élever contre nous; mais, au contraire, que tous soient
obligés de dépendre de nous.
02. Comme l'expérience
enseigne que les princes et les grands seigneurs sont principalement
affectionnés aux personnes ecclésiastiques, lorsque
celles-ci dissimulent leurs actions odieuses, et qu'elles les
interprètent favorablement, comme on le remarque dans
les mariages qu'ils contractent avec leurs parentes ou alliées,
ou en de semblables choses, il faut encourager ceux qui les font,
en leur faisant espérer d'obtenir facilement, par le moyen
des nôtres, des dispenses du pape, qu'il accordera si on
lui explique les raisons; si l'on produit des exemples semblables,
et si l'on expose les sentiments qui les favorisent, sous prétexte
du bien commun et de la plus grande gloire de Dieu, ce qui est
le but de 1a Société.
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03. Il faut faire de même,
si le prince entreprend quelque chose qui ne soit pas également
agréable à tous les grands seigneurs; il faut l'encourager
et le pousser, et porter les autres à s'accorder avec
le prince et à ne pas le contredire; mais, en général
sans descendre jamais à aucune particularité, de
peur que, si l'affaire échouait, on ne l'imputât
à la Société; et enfin que, si cette action
est désapprouvée, on produise des avertissements
contraires qui la mettent hors de cause, et que l'on emploie
l'autorité de quelques pères, à qui l'on
soit assuré que ces instructions sont inconnues, et qui
puissent affirmer par serment que l'on calomnie la Société,
à l'égard de ce qu'on lui impute.
04. Pour s'emparer de l'esprit
des princes, il sera utile que les nôtres s'insinuent adroitement,
et, par quelques tierces personnes, pour faire pour eux des ambassades
honorables et favorables chez les autres princes et rois, mais
surtout chez le pape et les plus grands monarques. Par cette
occasion, ils pourront se recommander, et avec eux la Société;
c'est pourquoi il ne faudra destiner à cet office que
des personnes fort zélées et fort versées
dans notre institut.
05. Il faut gagner surtout les
favoris des princes et leurs domestiques, par de petits présents
et par divers offices de piété, afin qu'ils instruisent
fidèlement les nôtres de l'humeur et de l'inclination
des princes et des grands; et, ainsi la Société
pourra facilement s'y accommoder.
06 L'expérience nous a appris
combien il a été utile à la Société
de .:e mêler des mariages de la maison d'Autriche et de
ceux qui se sont faits en d'autres royaumes, en France, en Pologne,
etc., et en divers duchés. C'est pourquoi il faut proposer
prudemment des partis choisis, qui soient les amis et familiers
des parents et des amis des nôtres.
07. On gagnera facilement les
princesses par leurs femmes de chambre, et pour cela, il faut
entretenir leur amitié, car, par là, on aura entrée
partout, et même dans les choses les plus secrètes
des familles.
08. Dans la direction de la conscience
des grands seigneurs, nos confesseurs suivront le sentiment des
auteurs qui .font la conscience plus libre contre le sentiment
des, autres religieux, afin que, abandonnant ceux-ci, ils veuillent
entièrement dépendre de notre direction et de nos
conseils.
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09. Il faut faire part de tous
les mérites de la Société, tant aux princes
qu'aux prélats et à tous ceux qui peuvent favoriser
extraordinairement la Société, après leur
avoir signalé l'importance de ce grand privilège.
10. Il faut aussi insinuer habilement
et prudemment le, pouvoir très ample que possède
la Société d'absoudre même des cas réservés,
en comparaison des autres pasteurs et religieux, et, de plus,
de dispenser, à l'égard des jeûnes, des dettes
que l'on a à rendre ou à exiger, des empêchements
des mariages et autres choses connues; ce qui fera que beaucoup
de gens auront recours à nous et seront nos obligés.
11. Il faut les inviter aux sermons,
aux confréries, aux harangues, aux déclamations,
etc.; les honorer par des vers, par des thèses, et, s'il
le faut, leur donner même des repas et les saluer en diverses
manières.
12. Il faudra s'attirer le soin
de réconcilier les grands dans les inimitiés et
dissensions qu'il y aura entre eux; car, par là, nous
entrerons peu à peu dans le commerce de ceux qui leur
sont familiers, dans la connaissance de leurs secrets, et nous
obligerons l'une ou l'autre des parties.
13. Si quelqu'un qui n'aime pas
notre Société se trouve au service de quelque monarque
ou de quelque prince, il faut travailler ou par nous-mêmes,
ou plutôt par d'autres, à le rendre ami et familier
à la Société par des promesses, par des
faveurs, et par des avancements qu'on lui procurera de la part
du monarque ou du prince.
14. Que tous se gardent de recommander
auprès de qui que ce soit, ou d'avancer ceux qui sont
sortis de quelque manière que ce soit de notre Société,
et principalement ceux qui ont voulu sortir de leur propre mouvement,
parce que, quoi qu'ils dissimulent, ils ont toujours une haine
irréconciliable pour la Société.
15. Enfin, que chacun se préoccupe
de gagner la faveur des princes, des grands et des magistrats
de chaque lieu, afin, lorsque l'occasion se présentera,
d'agir vigoureusement et fidèlement pour nous, même
contre leurs parents, alliés et amis.
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Chapitre III
Comment la Société
doit se conduire
à légard de ceuxqui sont de grande Autorité
dans lÉtat
et qui, sans être riche,peuvent néanmoins rendre
dautres services.
01. Outre ce qu'on vient de dire,
et tout cela peut s'appliquer aux grands, il faut encore s'attirer
leur faveur contre nos ennemis.
02. Il faut se servir de leur
autorité, de leur prudence et de leur conseil pour mépriser
les biens et pour acquérir divers emplois qui puissent
être exercés par la Société, en se
.servant, tacitement et en secret, de leurs noms, dans l'acquisition
des biens temporels, si l'on croit que l'on puisse assez s'y
fier.
03. Il faut se servir d'eux pour
adoucir les personnes viles, et la populace contraire à
notre Société.
04. Il faudra exiger ce que l'on
pourra des évêques, des prélats et autres
supérieurs ecclésiastiques, selon la diversité
des raisons, et le penchant qu'ils auront pour nous.
05. Quelquefois ce sera assez
d'engager les prélats et les curés à faire
en sorte que ceux qui leur sont soumis laient du respect pour
la, Société, et qu'ils n'empêchent point
nos fonctions dans d'autres lieux, où ils ont plus de
puissance, comme en Allemagne, en Pologne, etc. Il leur faudra
rendre de grands respects, afin que, par leur autorité
et par celle des princes, les monastères, les paroisses,
les prieurés, les patronats, les fondations de messes,
les lieux consacrés, puissent tomber entre nos ,mains ;
car nous les pourrons facilement obtenir, là où
les catholiques sont mêlés avec les schismatiques
et les hérétiques. Il faut remontrer à ces
prélats l'utilité et le grand mérite de
semblables changements, qu'on ne peut pas attendre des prêtres,
des séculiers et des moines : s'ils les font il faut
louer publiquement leur zèle, même par écrit,
et rendre éternelle la mémoire de leur action.
06. A cette fin, il faut tâcher
que ces prélats se servent des nôtre, soit pour
les confessions, soit pour les conseils ; que s'ils aspirent
à de plus hauts degrés dans la cour de Rome, il
les faudra aider de toutes nos forces et par nos amis qui peuvent
y contribuer en quelque chose.
07. Que les nôtres s'attachent,
auprès des évêques et des princes, lorsqu'ils
fondent des collèges et des églises paroissiales,
à ce que la Société ait le pouvoir d'y mettre
des vicaires ayant cure d'âmes, et crue le Supérieur
dit lieu, en ce temps-là, en vit le curé, afin
que tout le gouvernement de cette église soit à
nous, et que les paroissiens soient, tous soumis à notre
Société en sorte que l'on puisse obtenir tout d'eux.
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08. Là où ceux des
académies nous sont hostiles, là où les
catholiques ou les hérétiques empêchent les
fondations, il faut agir par les prélats et occuper les
premières chaires, car ;ainsi il arrivera que la
Société fera connaître, au moins par occasion,
ses nécessités et ses besoins.
09. Il faudra, surtout, obliger
les prélats de l'Église, quand il s'agira de la
bénédiction ou de la canonisation des nôtres,
et il faudra, en toutes manières, obtenir des lettres
des grands seigneurs et des princes par lesquelles l'affaire
soit avancée auprès du siège apostolique.
10. S'il arrive que les prélats
ou les grands seigneurs fassent une ambassade, il faudra bien
prendre garde qu'ils ne se servent d'autres religieux qui sont
en rivalité avec nous, de peur qu'ils ne fassent passer
cette passion dans leur esprit, et qu'ils ne la portent dans
les provinces et dans lies villes où nous demeurons ;
que si ces ambassadeurs passent dans les provinces et dans les
villes où la Société a des collèges
il faut les recevoir avec beaucoup d'honneurs et d'affection,
et les traiter aussi bien due la modestie religieuse le permettra.
Chapitre IV
Ce quon doit recommander
aux prédicateurs et aux confesseurs des Grands.
001. Que les nôtres dirigent
les princes et les hommes illustres de façon à
ce qu'ils paraissent seulement tendre à la plus grande
gloire de Dieu , et à une telle austérité
de conscience que les princes mêmes voudront bien accorder ;
car leur direction nie doit pas regarder d'abord, mais insensiblement
le gouvernement extérieur et politique.
02. C'est pourquoi il importe
de les avertir souvent que la distribution des honneurs et des
dignités, dans l'État, regarde la justice; et que
les princes offensent directement Dieu, lorsqu'ils n'y ont point
d'égard, et qu'ils agissent par passion ; qu'ils
protestent sauvent et sérieusement qu'ils ne veulent point
se mêler de l'administration de l'État, mais qu'ils
parlent malgré eux, par raison de leur devoir. Quand les
princes auront bien compris cela, qu'on leur explique quelles
vertus doivent avoir ceux que l'on choisit pour les dignités
et pour les charges publiques et principales, et qu'on leur nomme
et recommande enfin les amis sincères de la Société.
Cela, néanmoins, ne doit pas se flaire immédiatement
par les nôtres, mais se pourra faire de meilleure grâce
par ceux qui sont familiers avec le prince, à moins qu'il
ne force les nôtres de le faire.
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03. C'est pourquoi les confesseurs
et les prédicateurs de notre Société seront
informés, par des amis, de ceux qui sont propres à
quelque charge que ce soit, et surtout qui sont libéraux
envers la Société ; qu'ils aient leurs noms,
et qu'ils les insinuent, en leur temps, aux princes avec adresse,
ou par eux-mêmes ou par d'autres.
04. Que les confesseurs et les
prédicateurs se souviennent de traiter les princes avec
douceur, et, en les caressant, ne les choquer ni dans les sermons,
ni dans les entretiens particuliers, d'écarter d'eux toutes
sortes de craintes, et dé les exhorter principalement
à la foi, à l'espérance et à la justice
politique.
05. Qu'ils ne reçoivent
presque jamais de petits présents poux leur usage particulier ;
mais qu'ils recommandent la nécessité publique
de la province ou du collège ; qu'ils soient content
à la maison d'une chambre ,meublée simplement,
qu'ils ne s'habillent pas trop proprement et qu'ils aillent promptement
aider et consoler les plus humbles personnes du palais, de peur
qu'on ne croie qu'ils ne sont prêts à servir que
les grands seigneurs.
06. Aussitôt après
la mort des officiers, qu'ils aient soin de parler de bonne heure
de leur substituer quelques amis de la Société,
et qu'ils évitent le soupçon d'arracher le gouvernement
des mains du prince. C'est pourquoi, comme on l'a déjà
dit, qu'ils ne s'en mêlent pas directement, mais qu'ils
y emploient des .amis fidèles et puissants, qui puissent
soutenir la haine s'il arrive qu'il y en ait.
Chapitre V
Comment il faut se conduire
à légard des religieux
qui remplissent dans lÉglise les mêmes fonctions
que nous.
01. Il faut supporter avec courage
cette espèce de gens et faire entendre à propos
aux princes et à ceux qui ont quelque autorité
et qui sont en quelque sorte attachés à nous, que
notre Société renferme la perfection de tous les
ordres, excepté le chant et l'austérité
extérieure dans la manière de vivre et dans les
habits ; et que si les autres religieux excellent en quelque
chose la Société brille d'une manière plus
éminente dans l'Église, de Dieu.
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11.
02. Que l'on cherche et que l'on
remarque les défauts des autres religieux, et après
les avoir découverts et publiés avec prudence,
et comme en les déplorant, à nos fidèles
amis, que l'on montre qu'ils ne s'acquittent pas si heureusement
des fonctions qui nous sont communes avec eux.
03. Il faut s'opposer avec plus
d'efforts à ceux qui veulent établir des écoles
pour enseigner la jeunesse dans les lieux où les nôtres
enseignent avec honneur et avec profit ; que l'on fasse
comprendre aux princes et eaux magistrats que ces gens causeront
du trouble et des séditions dans l'État, si on
ne les empêche,, et que les brouilleries commenceront par
les enfants qui seront instruits diversement, et qu'enfin la
Société suffit pour instruire la jeunesse ;
si ces religieux ont obtenu des lettres du pape, ou s'ils ont
pour eux la recommandation des cardinaux, que les nôtres
agissent contre eux par les princes et par les grands qui informeront
le pape des mérites de la Société et de
la suffisance pour instruire la jeunesse en paix ; qu'ils
tâchent d'avoir et qu'ils produisent des témoignages
des magistrats, touchant leur bonne conduite et leur bonne instruction.
04. Cependant, que les nôtres
s'efforcent de donner des marques particulières de vertu
et d'érudition, en exerçant les écoliers
dans les études, et par d'autres jeux scolastiques, propres
à attirer l'applaudissement, et représentés
devant les grands, les magistrats et le peuple.
Chapitre VI
De la manière de gagner
les veuves riches
01. Que l'on choisisse pour cela:
des Pères avancés en âge, qui soient d'une
complexion vive et d'une conversation agréable. Qu'ils
visitent ces veuves là et que d'abord qu'ils verront en
elle quelque affection pour la Société, qu'on leur
offre les oeuvres et les mérites de la Société.
Que si elles les acceptent, et qu'elles commencent à visiter
nos églises, qu'on les pourvoie d'un confesseur, par lequel
elles soient bien dirigées, dans la vue de les entretenir
dans l'état de veuve, en disant et louant ses avantages
et son bonheur, et eh leur promettant certainement et leur répondant
même que de cette manière elles auront un mérite
éternel, et un moyen très efficace pour éviter
les peines du purgatoire.
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02. Que le même confesseur
fasse en sorte qu'elles s'occupent à embellir une chapelle
ou un oratoire dans leur maison, dans lequel elles puissent vaquer
à des méditations ou autres exercices spirituels
afin qu'elles s'éloignent de la conversation et des visites
de ceux qui les pourraient rechercher ; et quoiqu'elles
aient un chapelain, que les autres ne laissent pas d'y aller
célébrer la messe, et particulièrement de
leur faire des exhortations à propos et qu'ils tâchent
de tenir le chapelain sous eux.
03. Il faut changer avec prudence
et insensiblement ce qui concerne la direction de la maison,,
en sorte que l'on ait égard à la personne, au lieu,
à son affection et à sa dévotion.
04. Il faut principalement éloigner
les domestiques (mais peu à peu) qui n'ont point
de commerce avec la Société; et s'il en faut substituer
d'autres, recommander des gens qui dépendent ou qui veuillent
dépendre des nôtres ; car ainsi on nous fera
part de tout ce qui se passe dans la famille.
05. Que le confesseur n'ait d'autre
but que de faire en sorte que la veuve demande et suive son conseil
en toutes choses, et qu'il lui démontre dans l'occasion
que cette obéissance est l'unique fondement de son avancement
spirituel.
06. Qu'on lui conseille le fréquent
usage des sacrements, qu'elle les pratique, et surtout celui
de la pénitence, dans lequel elle découvrira ses
plus secrètes pensées et toutes ses tentations
avec beaucoup de liberté. Qu'elle communie fréquemment ;
qu'elle aille souvent écouter son confesseur, et qu'on
l'y invite, en lui promettant des prières particulières ;
qu'elle récite les litanies, et qu'elle examine tous les
jours sa conscience.
07. Une confession générale
réitérée, quoiqu'elle l'ait déjà
faite à un autre, ne servira pas peu pour avoir une pleine
connaissance de toutes ses inclinations.
08. On lui remontrera tous les
avantages de l'état de veuve et les incommodités
du mariage, surtout lorsqu'on le réitère :
les dangers dans lesquels on se met, et principalement ceux qui
la concernent en particulier.
09. On peut aussi proposer de
temps en temps et avec adresse, des partis pour lesquels on sait
bien que la veuve a de la répugnance ; et si l'on
croit qu'il y en a quelques-uns qui lui plaisent, qu'on lui en
représente les mauvaises murs, afin qu'en général
elle n'ait que du dégoût pour les secondes noces.
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10. Quand donc on est assuré
qu'elle est bien disposée pour le veuvage, il faut lui
recommander la vie spirituelle, mais non pas la religieuse, dont
il faut plutôt décrire les incommodités,
mais telle que l'était celle de Paula et d'Eustochim,
etc. Que le confesseur fasse en sorte qu'ayant fait au plus tôt
vu de chasteté, pour deux ou trois ans au moins,
elle ferme tout à fait la porte aux secondes noces. Alors
il faut empêcher qu'elle ne fréquente des hommes
et qu'elle ne se divertisse même avec ses parents et ses
alliés sous prétexte de l'unir plus étroitement
à Dieu. Pour les ecclésiastiques par lesquels la
veuve sera visitée, ou qu'elle ira voir, si on ne les
peut pas tous exclure, qu'ils soient de ceux qu'elle reçoive
à la recommandation des nôtres, ou qui en dépendent:
11. Quand on :en sera venu
jusque-là, il faudra porter peu à peu la veuve
à de bonnes couvres, et surtout aux aumônes, qu'elle
ne fera néanmoins pas sans la direction de son père
spirituel ; parce qu'il est important que l'on mette à
profit, avec discrétion, le talent spirituel, et que les
aumônes mal employées sont souvent la cause de divers
péchés, ou les entretiennent, de sorte qu'on n'en
tire que peu de fruit ou de mérite.
Chapitre VII
Comment il faut entretenir
les veuves et disposer des biens quelles ont.
01. Qu'on les presse de continuer
dans leur dévotion et dans leurs bonnes oeuvres, en sorte
qu'il ne se passe point de semaine qu'elles ne retranchent de
leur superflu quelque chose en l'honneur de Jésus-Christ,
de la Sainte Vierge ou du saint qu'elles auraient choisi comme
patron, et qu'elles le donnent aux pauvres ou pour l'ornement
de l'Église jusqu'à ce qu'on les ait entièrement
dépouillées des prémices et des dépouilles
de l'Égypte.
02. Que si, outre une affection
générale, elles témoignent leur libéralité
envers notre Société, et qu'elles, continuent,
qu'on leur fasse part de tous les mérites de la Société,
avec des indulgences particulières du provincial, ou,
si ce sont des personnes d'assez grande qualité, du général
de l'Ordre.
03. Si elles ont fait vu
de chasteté, qu'elles le renouvellent deux fois l'année,
selon notre coutume, en leur accordant ce jour-là une
récréation honnête avec les nôtres.
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14
04. Qu'on les Visite souvent et
qu'on les entretienne d'une manière agréable, et
qu'on les réjouisse par des histoires spirituelles et
des plaisanteries, selon l'humeur et l'inclination de chacune.
05. Qu'on ne les traite pas avec
trop de rigueur dans la confession, de peur qu'elles ne deviennent
chagrines, à moins que peut-être on ne désespère
de regagner, leur faveur, dont d'autres se seront rendus les
maîtres. En cela il faut juger avec beaucoup de discernement
du naturel inconstant des femmes.
06. Qu'on les empêche adroitement
de visiter les autres églises et d'y aller voir les fêtes,
principalement dans celles des religieux, et qu'on leur redise
souvent que toutes les indulgences accordés aux autres
Ordres sont rassemblées dans notre Société.
07. S'il faut qu'elles se mettent
en deuil, qu'on leur accorde des ajustements qui aient bon air
et qui ressentent quelque chose de spirituel et de mondain en
même temps, afin qu'elles ne croient pas qu'elles soient
gouvernées par un homme entièrement spirituel.
Enfin, pourvu qu'il n'y ait pas de danger d'inconstance, et si
elles sont toujours fidèles et libérales envers
la Société qu'on leur accorde, avec modération
et sans scandale, ce qu'elles demandent pour leur sensualité.
08. Que l'on mette chez les veuves
des filles honnêtes et nées de parents riches et
nobles, qui s'accoutument peu à peu à nôtre
direction et à notre manière de vivre ; qu'elles
aient une gouvernante choisie et établie par le confesseur
dans toute la famille ; qu'elles soient soumises à
toutes les censures et à toutes les coutumes de la Société ;
et pour celles qui ne voudront pas s'y accommoder, qu'on les
renvoie à leurs parents ou à d'autres par qui elles
ont été amenée, et qu'on les décrive
comme des fantasques d'un naturel difficile, etc.
09. Il ne faudra pas avoir moins
de soin 'de leur santé et de leur récréation
que de, leur salut. C'est pourquoi, si elles se, plaignent d'indispositions,
on leur défendra les jeûnes, les cilices, les disciplines
corporelles, et on ne leur permettra pas d'aller à l'élise,
mais on les gouvernera à la maison en secret et avec précaution.
Qu'on les laisse entrer dans le Jardin et dans le collège,
pourvu que cela se fasse secrètement, et qu'on leur permette
de se récréer en secret avec ceux qui leur plairont
le plus.
10. Afin qu'une veuve dispose
des revenus qu'elle a en faveur de la Société,
qu'on lui propose la perfection de l'état des hommes saints
qui, rayant renoncé au monde, à leurs parents et
à leurs biens, se sont attachés au service de Dieu
avec une grande résignation et avec joie. Qu'on leur explique,
dans cette vue, ce qu'il y a dans la constitution et dans l'examen
de la Société touchant cette renonciation à
toutes choses ; qu'on leur allègue l'exemple des
veuves qui, en peu de temps, sont devenues ainsi des saintes,
en leur faisant espérer d'être canonisées
si elles continuent de même jusqu'à la fin et qu'on
leur fasse voir que le crédit des nôtres ne leur
manquera pas pour cela auprès du Pape.
Page
15
11. II faut imprimer fortement
dans leur esprit que si elles veulent jouir d'un parfait repos
de conscience, il faut suivre sans murmure, sans ennui et sans
aucune répugnance intérieure, tant dans les choses
temporelles que dans les spirituelles, la direction de leur confesseur
comme destiné particulièrement de Dieu.
12. Il faut les instruire aussi,
dans l'occasion, que, si l'aumône qu'elles font aux ecclésiastiques
et surtout aux religieux d'une vie exemplaire est la plus convenable,
elles ne doivent cependant la faire qu'avec l'approbation de
leur confesseur.
13. Les professeurs prendront
garde, avec le plus grand soin, que ces sortes de veuves qui
seront leurs pénitentes n'aillent voir d'autres religieux,
sous quelque prétexte que ce soit, ou qu'elles n'entrent
en familiarité avec eux. Afin de l'empêcher, ils
tâcheront de vanter à propos la Société
comme un ordre plus excellent que les autres, très utile
dans l'Église, de la plus grande autorité auprès
du Pape et de tous les princes, très parfait en lui-même,
parce qu'il renvoie ceux qui sont nuisibles et peu propres, et
dans lequel il n'y a ni écume ni lie, comme il y en a
beaucoup parmi les moines, qui sont lé plus souvent ignorants,
stupides, paresseux, négligents en ce qui regarde leur
salut; adonnés au ventre, etc.
14. Que les confesseurs leur proposent
et qu'ils leur persuadent de payer des pensions ordinaires et
des tributs pour aider tous les ans les collèges et les
maisons professes, et surtout la maison professe de Rome, à
s'acquitter de leurs dettes, et qu'ils n'oublient pas les ornements
du temple, la cire, le vin, etc., qui sont nécessaires
â la célébration de la messe.
15. Que si une veuve, pendant
sa vie, ne donne pas entièrement ses biens à la
Société, qu'on lui propose, par occasion et surtout
lorsqu'elle sera malade, ou en grand danger de la vie, la pauvreté,
la nouveauté et la multitude de plusieurs collèges
qui ne sont pas encore fondés, et qu'on la pousse avec
douceur et avec force à faire des dépenses, sur
lesquelles elle puisse fonder sa gloire éternelle.
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16. Il faut faire la même
chose à l'égard des princes et des autres bienfaiteurs ;
il leur faut persuader ce qui est perpétuel dans ' ce
inonde et qui leur peut gagner une gloire éternelle dans
l'autre de la part de Dieu. Que si quelques malveillants allèguent
par-ci par-là l'exemple de Jésus-christ, qui n'avait
pas où reposer sa tête, et veulent que la Compagnie
de Jésus soit de même très pauvre, qu'on
leur montre à tous et qu'on imprime sérieusement
dans leur esprit que l'Église de Dieu est présentement
changée, et qu'elle est devenue une monarchie, qui doit
se soutenir, par l'autorité et par une grande puissance,
contre ses ennemis qui sont très puissants ; et qu'elle
est cette petite pierre coupée qui est devenue une très
grande montagne, prédite par un prophète.
17. Que l'on montre souvent à
celles qui se sont données aux aumônes et à
embellir les églises, que la souveraine perfection consiste
en ce que, en se dépouillant de l'amour des choses terrestres,
elles reportent cet amour sur Jésus-christ et ses compagnons.
18. Mais comme il y a toujours
moins à espérer des veuves qui élèvent
leurs enfants pour le monde, nous verrons comment on peut y remédier.
Chapitre VIII
Comment il faut faire
pour que les enfants des veuves
embrassent lÉtat religieux ou de dévotion.
01. Comme il faut que les mères
agissent avec vigueur, les nôtres devront se conduire avec
douceur en cette occasion. Il faut instruire les mères
à chagriner leurs enfants dès leur tendre jeunesse,
par des censures et remontrances, etc., et principalement, lorsque
leurs filles sont plus âgées, à leur refuser
des parures; souhaitant souvent et priant Dieu qu'elles aspirent
à l'état ecclésiastique, et leur promettant
une dot considérable, si elles veulent se faire religieuses.
Qu'elles leur montrent souvent les difficultés qui sont
communes à tous les mariages, et celles qu'elles ont éprouvées
en leur particulier : et qu'elles témoignent d'avoir
la douleur de ce qu'en leur temps elles n'ont pas préféré
le célibat au mariage. Enfin, qu'elles se conduisent en
sorte que leurs filles particulièrement, ennuyées
de vivre de la sorte auprès de leurs mères, pensent
à se faire religieuses.
02. Que les nôtres conversent
familièrement avec leurs fils, et s'ils paraissent propres
pour notre Compagnie, qu'on les introduise à propos dans
le collège, et qu'on leur montre ce qui leur pourra plaire
et les inviter à s'affilier à nous, par exemple
les jardins, les vignes les maisons de campagne et les métairies,
où les nôtres vont se divertir ; qu'on leur
parle des voyages qu'ils font en divers royaumes, du commerce
qu'ils ont avec les princes, et de tout ce qui peut réjouir
la jeunesse ; qu'on leur fasse voir la propreté du
réfectoire et des chambres, la conversation agréable
que les nôtres ont entre eux, la facilité de notre
règle, à laquelle, néanmoins, la gloire
de Dieu est attachée la prééminence de notre
ordre par dessus les autres ; et qu'on ait avec eux des
entretiens plaisants, aussi bien que pieux.
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03. Qu'on les exhorte, comme par
révélation, à la religion en général,
et qu'on leur insinue adroitement la perfection et la commodité
de notre institut, par-dessus les autres qu'on leur dise, et
dans les exhortations publiques et dans les entretiens particuliers,
de quelle grandeur est le péché de ceux qui se
rebellent contre la vocation divine ; et, qu'enfin, on les
engage à faire des exercices spirituels, afin qu'ils prennent
leur résolution sur l'état de vie qu'ils veulent
choisir.
04. Que les nôtres fassent
en sorte que ces jeunes gens aient des précepteurs attachés
à notre Société, qui veillent continuellement
à cela et qui les exhortent ; mais s'ils résistent,
qu'on leur ôte diverses choses, afin qu'ils s'ennuient
de la vie ; que leur mère leur expose les difficultés
de lia famille. Enfin, si l'on ne peut pas faire en sorte que
de leur bon gré ils veuillent entrer dans notre Société,
qu'on les envoie aux collèges éloignés de
notre Compagnie, comme pour y étudier ; et que' du
côté de leur mère, on ne leur fasse que peu
de douceurs, et qu'au contraire, notre Société
les flatte pour gagner leur affection.
Chapitre IX
De laugmentation des
revenus des collèges
01. Que personne, autant qu'il
sera possible, ne soit admis au dernier vu, pendant qu'il
attend quelque succession, à moins qu'il n'ait un frère
plus jeune que lui dans la Société, ou à
cause d'autres raisons graves. Surtout et avant toutes choses,
il faut travailler à l'augmentation de la Société,
selon les fins qui sont connues aux supérieurs, qui doivent
au moins s'accorder en cela, qu'à la plus grande gloire
de Dieu, l'Église soit rétablie dans son premier
éclat, en sorte qu'il n'y ait qu'un seul esprit dans tout
le clergé. C'est pourquoi il faut dire souvent et publier
fréquemment que la Société est composée
en partie de professes si pauvres qu'ils manqueraient de tout
sans les libéralités quotidiennes des fidèles ;
et, en partie d'autres pères qui sont pauvres, mais qui
possèdent des biens immeubles, pour n'être pas à
charge au peuple, dans leurs études et dans leurs fonctions,
comme les autres mendiants. Que les confesseurs, donc des princes,
des grands des veuves et des autres de qui notre Compagnie peut
beaucoup espérer; tees en instruisent sérieusement,
afin que, puisqu'on leur donne les choses spirituelles et éternelles,
on en reçoive les terrestres et temporelles, et qu'ils
ne laissent échapper aucune occasion de recevoir, quand
on leur offre. Que si l'on a promis et que l'on diffère,
il faut prudemment en faire ressouvenir, en dissimulant, autant
qu'il est possible, l'envie que l'on a d'être riche. Que
si quelqu'un des confesseurs des grands ou des autres ne parait
pas assez adroit pour pratiquer tout cela, il faut lui ôter
cet emploi en temps opportun, avec prudence, et en mettre un
autre en sa place,; et, s'il est nécessaire, pour la plus
grande satisfaction des pénitents, qu'on le relègue
à des collèges plus éloignés, en
disant que la Société a besoin de sa personne et
de ses talents en ces lieux-là ; car nous avons appris,
il n'y a pas longtemps, que de jeunes veuves, mortes avant le
temps, n'avaient pas légué" des meubles fort
précieux à nos églises, par la négligence
des nôtres, qui ne les avaient pas acceptés à
temps. Pour accepter de semblables choses, il ne faut pas regarder
les temps, mais la bonne volonté du pénitent.
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02. Il faut employer diverses
adresses pour attirer les prélats, les chanoines et les
pasteurs, et les autres ecclésiastiques riches à
des exercices spirituels, et, peu à peu, par le moyen
de l'affection qu'ils ont pour les choses spirituelles, les gagner
à la Société, et ensuite pressentir leur
libéralité.
03. Que les confesseurs ne négligent
pas de demander à leurs pénitents (pourvu néanmoins
qu'ils le fassent à propos) quel est leur nom, leur
famille, leurs parents, leurs amis, leurs biens et, ensuite,
'de s'informer de leurs successions, de leur état, de
leurs intentions et de leur résolution ; crue, s'ils
ne l'ont pas encore prise, il faut tâcher de la rendre
favorable à la Société. Que si, d'abord
on conçoit l'espérance de quelque profit, parce
qu'il n'est pas à propos de demander tout en même
temps qu'on leur ordonne que, pour se décharger d'autant
plus la conscience ou pour faire une pénitence qui les
guérisse, ils se confessent. Que le confesseur les invite
honnêtement, afin qu'il s'informe à plusieurs reprises
de ce dont il n'a pu être informé en une seule fois.
Si cela réussit, et que ce soit une femme; il faut l'engager,
par tous les moyens possibles, à se confesser souvent
et à visiter souvent l'Église; si cest un
homme, à fréquenter 1a Compagnie, et à devenir
familier avec les nôtres.
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04. Ce que l'on a dit des veuves,
il faut aussi entendre qu'on l'a dit des marchands, des bourgeois
riches et mariés, mais sans enfants, desquels la Société
peut être souvent l'héritière, si l'on emploie
prudemment les pratiques que l'on a manquées ; mais
il faudra surtout observer ce que l'on a dit à l'égard
des dévotes riches qui fréquenteront les nôtres,
et dont le vulgaire peut tout au plus murmurer si elles ne sont
pas de ,grande qualité.
05. Les recteurs des collèges
s'efforceront d'avoir connaissance des maisons, des jardins,
des fonds des vignes des villages et des autres biens qui sont
possédés par la principale noblesse, par les marchands,
ou par les bourgeois, et, si cela se peut, des intérêts
et des charges qu'ils ont à payer ; mais il faut
s'y prendre avec adresse, et d'une manière efficace par
la confession, par la familiarité et par les entretiens
particuliers. Lorsqu'un confesseur a .trouvé un pénitent
riche, qu'il en avertisse d'abord le recteur, et qu'il l'entretienne
en toutes manières.
06. Le point capital de toute
l'affaire consiste en ceci : c'est que tous nos gens sachent
gagner, la bienveillance de leurs pénitents et de tous
les autres avec lesquels ils conversent, et s'accommoder à
l'inclination de chacun ; c'est pourquoi, que les provinciaux
fassent an sotte que l'on en envoie beaucoup dans les lieux habités
par les riches et les nobles, et afin que les provinciaux le
puissent faire avec plus de prudence et de bonheur, que les recteurs
se souviennent de les informer à propos de la moisson
qu'il y a à faire.
07. Qu'ils s'informent si, en
recevant les enfants dans la Compagnie, ils pourront s'attirer
les contrats et les possessions, et si cela se peut faire, qu'ils
s'informent s'ils céderont quelques-uns de leurs biens
au collège ou par contrat, ou en les louant, ou autrement,
ou s'ils reviendront après quelque temps à la Société ;
pour laquelle fin il faudra faire connaître, principalement
à tous les grands et aux riches, ses besoins et les dettes
dont elle est chargée.
08. S'il arrive que les veuves,
ou les mariés riches et attachés à la Compagnie
n'aient que des filles, les nôtres les 'disposeront doucement
à choisir une vie dévote ou religieuse. afin qu'en
leur laissant quelque dot, le reste des biens revienne peu ,à
peu à la Société ; que, s'ils ont des
fils qui soient propres à la Compagnie, on les y attirera,
et on fera entrer les autres en d'autres religions en leur promettant
une certaine petite somme ; mais, s'il n'y a qu'un fils
unique, .on l'attirera à quelque prix que ce soit à
la Compagnie, et on lui ôtera toute sorte de crainte de
ses parents ; on lui inculquera la vocation de Jésus-christ,
en lui montrant qu'il fera un sacrifice agréable à
Dieu, s'il s'enfuit à l'insu de son père et de
sa mère et malgré eux ; qu'on l'envoie ensuite
à un noviciat éloigné, après en avoir
informé auparavant le général. Que, s'ils
ont des fils et des filles, que l'on dispose auparavant les filles
à la vie dévote, et l'on fera entrer ensuite les
fils dans la Compagnie, 4vec la succession des biens.
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09. Que les supérieurs
avertissent fortement et doucement les confesseurs de ces veuves
et de ces gens mariés, afin qu'ils s'emploient utilement
pour la Société, selon ces instruction ; s'ils
ne le font pas qu'on en mette d'autres en leur place, et qu'on
les en éloigne, en sorte qu'ils ne puissent pas entretenir
de relations avec cette famille.
10. Que l'on amène les
veuves et les autres personnes dévotes, qui tendent avec
ardeur à la perfection à céder toutes leurs
possessions à la Société, et à vivre
de ses revenus, dont on leur fera part perpétuellement,
selon qu'elles en auront besoin pour servir plus librement Dieu,
sans soins et sans inquiétude, comme tétant le
moyen le plus efficace pour parvenir au faîte de la perfection.
11. Afin de mieux persuader au
monde 1a pauvreté de la Société, que les
supérieurs empruntent de l'argent des personnes riches
attachées à la Compagnie, .sur des billets de leur
main dont le paiement sera différé ; qu'ensuite,
principalement dans les temps d'une maladie dangereuse, on visite
constamment une telle personne et qu'on la prévienne en
sorte qu'on l'engage à rendre le billet, car ainsi il
ne sera pas fait mention des nôtres dans le testament,
et néanmoins nous y gagnerons, sans nous attirer la haine
de ceux qui succéderont à leurs biens.
12. II sera aussi à propos
de prendre de quelques personnes de l'argent à, intérêt
annuel, et de le placer ailleurs à un plus gros intérêt,
afin que ce revenu récompense l'autre ; car cependant
il pourra arriver que ces amis, qui auront ainsi prêté
de l'argent, touchés de pitié pour nous, nous abandonneront
l'intérêt ou même de plus le capital, soit
par testament, soit par dotation entre-vifs, quand ils verront
que l'on fait des collèges ou que l'on bâtit des
églises.
13. La Compagnie pourra, aussi
négocier avec fruit sous le nom de marchands riches qui
lui seront attachés ; mais il faut rechercher un
profit certain et abondant, même dans les Indes, qui jusqu'à
présent, avec le secours de Dieu, ont non seulement fourni
des âmes, ?nais encore de grandes richesses à la
Société.
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14. Que les nôtres aient,
dans les lieux où ils résident, quelque médecin
dévoué à la Compagnie, qu'elle recommande
principalement aux malades et qu'elle élève au-dessus
de tous les autres, afin que, recommandant à son tour
les nôtres au-dessus de tous les autres religieux, il fasse
que nous soyons appelés auprès des principaux malades
et surtout des moribonds.
15. Que les confesseurs visitent
les malades avec assiduité, surtout ceux qui sont en danger ;
et, pour en chasser honnêtement les autres religieux et
ecclésiastiques, que les supérieurs fassent en
sorte que, lorsque le confesseur est obligé de quitter
le malade, un autre lui succède et entretienne le malade
dans ses bons desseins. Cependant, il faut lui faire peur prudemment
de l'enfer, etc., ou au moins du purgatoire, et lui apprendre
que comme l'eau éteint le feu, ainsi l'aumône éteint
le péché, et que l'on ne peut mieux employer ses
aumônes qu'à la nourriture et à l'entretien
des personnes qui, par leur vocation font profession d'avoir
soin du salut du prochain ; qu'ainsi il aura part à
leurs mérites, et que le malade satisfera pour ses propres
péchés, parce que la charité en couvre une
multitude. On peut aussi décrire la charité comme
l'habit nuptial sans lequel personne n'est reçu à
la table céleste. Enfin, il lui faudra alléguer
les passages de l'Écriture et des saints Pères,
qui, eu égard à la capacité du malade, seront
les plus efficaces pour l'émouvoir.
16. Que l'on apprenne aux femmes
qui se plaindront des vices de leurs maris et des chagrins qu'ils
leur causent qu'elles peuvent leur ôter secrètement
quelques sommes pour expier les péchés de leurs
maris et leur obtenir grâce.
Chapitre X
De la rigueur particulière
de la discipline dans la Société
01. Il faudra congédier
comme ennemi de la Société, quels que soient sa
condition ou son âge, celui qui aura détourné
nos dévots ou nos dévotes de nos églises,
ou de la fréquentation des nôtres, ou qui aura détourné
des aumônes à d'autres églises, ou à
d'autres religieux, ou qui aura dissuadé quelque homme
riche et bien disposé pour la Société de
lui en faire ou qui, dans le temps auquel il aura pu disposer
de ses propres biens, aura témoigné plus d'affection
pour ses parents que pour la Société (car c'est
une grande marque d'un esprit non mortifié, et il faut
que les profès soient tout à fait mortifiés),
ou qui aura détourné des aumônes des pénitents,
ou des amis de la Société, pour les donner à
ses parents pauvres. Mais, afin qu'ils ne se plaignent pas ensuite
de la cause de leur éloignement, qu'on ne les renvoie
pas d'abord, mais qu'on les empêche premièrement
d'entendre les confessions, qu'on les mortifie et les fatigue
par les offices les plus vils ; il faut les contraindre
de jour en jour de faire des choses pour lesquels on sait qu'ils
ont la plus grande répugnance ; qu'on les éloigne
des études les plus relevées et des charges honorables;
qu'on les censure dans les chapitres et dans les réprimandes
publiques; qu'on leur ôte, dans leurs habits et dans leurs
meubles, tout ce qui n'est pas tout à fait nécessaire
, jusqu'à ce qu'ils en viennent au murmure et à
l'impatience, et qu'alors on les congédie comme des gens
peu mortifiés, et qui peuvent être dangereux pour
les autres par leur mauvais exemple ; et, s'il faut rendre
raison aux parents et aux prélats de l'Église de
ce qu'on les a congédiés, que l'on dise qu'ils
n'avaient pas l'esprit de la Société.
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02. Il faudra encore congédier
ceux qui feront scrupule d'acquérir des biens à
la Société, et dire qu'ils sont attachés
à leur propre jugement; que s'ils veulent rendre raison
de leur action devant les provinciaux, il faut dire qu'ils sont
trop adonnés à leur propre sens ; il ne les
faut pas écouter, mais les obliger à observer la
règle qui les oblige tous à une obéissance
aveugle.
03. Il faudra considérer,
dès le commencement et depuis leur jeunesse, quels sont
ceux qui sont les plus avancés dans l'affection envers
la Société et ceux que l'on connaîtra avoir
de l'affection envers les autres ordres, ou les pauvres, ou leurs
parents. Il les faudra peu à peu disposer, comme l'on
a dit à sortir comme étant inutiles.
Chapitre XI
Comment les nôtres se
conduiron dun commun accord envers ceux qui auront été
congédiés de la Société
01. Comme ceux que l'on aura mis
dehors savent au moins quelques-uns des secrets, le plus souvent
ils nuisent à la Compagnie. C'est pourquoi voici comment
il faudra s'opposer à leurs efforts. Avant de les mettre
dehors, il faudra les obliger à promettre par écrit,
et à jurer qu'ils ne diront ni n'écriront jamais
rien de désavantageux à la Compagnie ; que
cependant les supérieurs gardent par écrit leurs
mauvaises inclinations, leurs défauts et leurs vices,
qu'eux-mêmes auront découverts pour la décharge
de leur conscience, selon la coutume de la Société,
et desquels, s'il est nécessaire, on puisse se servir
auprès des grands et des prélats pour empêcher
leur avancement.
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02. Que l'on écrive incessamment
à tous les collèges ceux qui auront été
mis dehors et que l'on exagère les raisons générales
de leur éloignement ; tels que sont le peu de mortification
de leur esprit, la désobéissance, le peu d'attachement
aux exercices spirituels, l'entêtement pour soi-mêmes
etc. Qu'ensuite on avertisse tous les autres de n'avoir point
de correspondance ;avec eux ; et si l'on parle avec
les étrangers que le langage de tous soit le même,
et que l'on dise partout que la Société ne met
personne dehors que pour de, grandes raisons, et que, comme la
mer, elle rejette les cadavres, etc. Que l'on insinue aussi adroitement
les raisons semblables pour lesquelles on nous hait afin que
leur éloignement soit plus plausible.
03. Que, dans les exhortations
domestiques, on persuade que, ceux que l'on a mis dehors sont
des personnes inquiètes et qui voudraient bien rentrer
dans la Société, et que l'on exagère les
malheurs de ceux qui sont morts misérablement après
être sortis de la Société.
04. Il faudra aussi aller au devant
des accusations que ceux qui sont sortis de la Société
peuvent faire, par l'autorité de personnes graves, qui
disent partout que 1a Société ne met personne dehors
que pour de grandes raisons et qu'elle ne retranche point les
membres sains ; ce que l'on peut confirmer par le zèle
qu'elle a et qu'elle témoigne en général
pour le salut des âmes de ceux qui ne lui appartiennent
pas ; et combien plus doit-elle être zélée
pour le salut des siens !
05. Ensuite, la Société
doit prévenir et obliger par toutes sortes d'offices les
grands ou les prélats auprès de qui ceux que l'on
a congédiés ont commencé à avoir
quelque autorité ou, quelque crédit : il leur
faudra faire voir que le bien commun d'un ordre aussi célèbre
qu'utile à l'Église doit être de plus grande
considération quo celui d'un particulier, quel qu'il puisse
être ; que s'ils ont encore de l'affection pour ceux
que l'on a mis dehors, il sera bon de leur apprendre les raisons
de leur éloignement, et d'exagérer même les
choses qui ne sont pas tout à fait certaines pourvu qu'on
les pisse tirer par des conséquences probables.
06. Il faudra en toute manière
empêcher que ceux-là principalement qui ont abandonné
la Société de leur bon gré ne soient avancés
à quelques charges ou dignités de l'Église,
â moins qu'ils ne se soumettent, eux et tout ce qu'ils
ont, à la Société, et que tout le monde
puisse savoir qu'ils en veulent dépendre.
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07. Que l'on fasse de bonne heure
en sorte qu'ils, soient éloignés, autant qu'il
se peut, de l'exercice des fonctions célèbres dans
l'Église, comme sont les sermons, les confessions, la
publication des livres, etc. de peur qu'ils ne s'attirent l'affection
ou l'applaudissement du peuple. Pour cela, il faudra faire, avec
grand soin, recherche de leur vie et de leurs murs, des
compagnies qu'ils fréquentent, de leurs occupations, etc.,
et pénétrer dans leurs intentions. C'est pourquoi
il faudra faire en sorte d'avoir une correspondance particulière
avec quelques-uns de ceux dé la famille chez laquelle
ceux qui auront été congédiés demeureront.
D'abord que l'on aura découvert quelque chose de blâmable
ou digne de censure, il faudra le répandre par des gens
de moindre qualité, et ensuite faire que les grands et
les prélats qui favorisent ceux que l'on a mis dehors
aient peur de l'infamie qui en pourrait rejaillir sur eux ;
que s'ils ne font rien qui soit digne de censure et qu'ils se
conduisent d'une manière louable, que l'on exténue
par des propositions subtiles et des paroles ambiguës les
vertus et les actions que l'on loue jusqu'à ce que l'estime
que l'on en faisait et la foi que l'on y ajoutait soient diminuées ;
car il importe tout à fait à la Société
que ceux qu'elle a mis dehors, et principalement ceux qui l'ont
abandonnée de leur bon gré, soient entièrement
supprimés.
08. Il faut divulguer incessamment
les malheurs et les tristes accidents qui leur arrivent en implorant
néanmoins pour eux les prières des personnes pieuses,
afin qu'on ne croie pas que les nôtres agissent par passion
et que dans nos maisons on les exagère en toutes manières,
afin de retenir les autres.
Chapitre XII
Qui lon doit entretenir
et conserver dans la Société
01. Les bons ouvriers doivent
tenir la première place ; savoir ceux qui n'avancent
pas moins le bien temporel que le bien spirituel de la Société ;
tels que sont le plus souvent les confesseurs des princes et
des grands, des veuves et des dévotes riches, les prédicateurs
et les professeurs, et tous ceux qui savent ses secrets.
02. Ceux à qui les forces
manquent, et qui sont accablés de vieillesse, selon qu'ils
auront employé leurs talents pour le bien temporel de
la Société, en sorte que l'on ait égard
à la moisson passée, en outre que ce sont encore
des instruments propres pour rapporte aux supérieurs les
défauts ordinaires qu'ils remarquent dans les domestiques,
parce qu'ils sont toujours à la maison.
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03. Il ne les faudra jamais mettre
dehors, autant que 'cela se pourra faire, de peur que la Société
n'ai: mauvaise réputation.
04. Outre cela il faudra favoriser
tous ceux oui excellent en esprit, en noblesse et en richesses,
particulièrement s'ils ont des amis et parents attachés
à la Société et puissants, et si eux-mêmes
ont une affection sincère envers elle, comme on l'a marqué
ci-dessus ; il faut les envoyer à Rome ou aux universités
plus célèbres, pour étudier, ou, s'ils ont
étudié en quelque province, il faut que les professeurs
les poussent avec une affection et une faveur particulières,
jusqu'à ce qu'ils !aient cédé leurs biens
à la Société ; qu'on ne leur refuse
rien, mais, qu'après qu'ils l'auront fait, on les mortifie
comme les autres, ayant néanmoins toujours quelque égard
au passé.
05. Les supérieurs auront
aussi des égards particuliers pour ceux qui auront attiré
à la Société quelques jeunes gens choisis,
puis qu'ils n'ont pas peu témoigné leur affection
envers elle ; mais pendant qu'ils n'ont pas encore fait
profession, il faut prendre garde de n'avoir pas trop d'indulgence
pour eux, de peur que peut-être ils ne ramènent
ceux qu'ils ont amenés à la Société.
Chapitre XIII
Du choix que lon doit
faire des jeunes gens
pour les admettre à la Société, et de la
manière de les retenir
01. Il faut travailler avec beaucoup
de prudence à choisir des jeunes gens de bon esprit, bien
faits, nobles, ou du moins qui excellent dans l'une de ces deux
choses.
02. Pour les attirer plus facilement
à notre institut, il faut que, pendant qu'ils étudient,
les recteurs de collèges et les maîtres qui les
instruisent les préviennent, d'une affection particulière
et hors du temple à l'école, il faut qu'ils leur
fassent voir combien il est agréable à Dieu si
quelqu'un se consacre à lui avec tout ce qu'il a, particulièrement
dans la Société de son Fils.
03. Qu'on les mène, quand
l'occasion s'en présente, par le collège et par
le jardin, et même quelquefois aux métairies; qu'ils
soient avec les nôtres dans le temps des récréations,
et qu'ils leur deviennent peu à peu familiers, en prenant
garde néanmoins que la familiarité ne produise
le mépris.
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04. Qu'on ne permette pas que
les nôtres les châtient et les rangent à leur
devoir avec les autres disciples.
05. Il les faut engager par des
petits présents, et par des privilèges conformes
à leur âge, et il les faut animer surtout par des
entretiens spirituels.
06. Qu'on leur inculque que ce
n'est pas sans une providence divine qu'ils sont choisis parmi
tant d'autres qui fréquentent le même collège.
07. En d'autres occasions, surtout
dans les, exhortations, il les faut épouvanter par des
menaces de damnation éternelle, s'ils n'obéissent
à la vocation divine.
08. S'ils demandent constamment
d'entrer dans là Société, que l'on digère
de les admettre pendant qu'ils sont constants, que s'ils paraissent
changeants, qu'on les ménage incessamment et de toutes
sortes de manières.
09. Qu'on les avertisse efficacement
de ne découvrir leur volonté à aucun de
leurs amis, ni même â leur père et à
leur mère avant qu'ils soient reçus; que s'il leur
vient quelque tentation de se dédire, et eux et la Société
seront en état de faire ce qu'ils voudront; et si on la
surmonte, on aura toujours occasion de les animer, en leur rappelant
dans la mémoire ce qu'on leur a dit, si cela arrive dans
le temps du noviciat, ou après avoir fait de simples vux.
10. La plus grande difficulté
étant d'attirer les fils des grands, des nobles et des
sénateurs, pendant qu'ils sont chez leurs parents qui
les élèvent dans le dessein de les faire succéder
à leurs emplois, il leur faudra persuader, plutôt
par des amis que par des personnes de la Société,
qu'ils les envoient en d'autres provinces ou dans des universités
éloignées dans lesquelles les nôtres enseignent;
après avoir envoyé des instructions aux professeurs,
touchant leur qualité et leur condition, afin qu'ils gagnent
leur affection envers la Société avec plus de facilité
et de certitude.
11. Quand ils seront venus à
un âge plus mûr, il faudra les porter à faire
quelques exercices spirituels, qui ont eu souvent de bons succès
parmi les Allemands et les Polonais.
12. I1 faudra les consoler dans
leurs troubles et dans leurs afflictions, selon la qualité
et les conditions de chacun, en employant des remontrances' et
des exhortations particulières du mauvais usage des richesses,
et de ne pas mépriser le bonheur d'une vocation, sous
peine des supplices de l'enfer,
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13. Que l'on montre aux pères,
aux mères, afin qu'ils condescendent plus facilement au
désir de leurs enfants d'entrer dans la Société,
l'excellence de son institut en comparaison des autres ordres,
la sainteté et le savoir de nos pères, leur réputation
parmi tout le monde, l'honneur et les applaudissements universels
qu'ils reçoivent des grands et des petits. Qu'on leur
fasse une énumération des princes et des grands
qui, à leur grande consolation, ont vécu dans cette
Compagnie de Jésus, qui y sont morts, et qui y vivent
encore. Qu'on leur montre combien il est agréable à
Dieu que les jeunes gens se consacrent à lui, surtout
dans la Compagnie de son Fils, et combien il est bon qu'un homme
ait porté le, joug du Seigneur en sa jeunesse; que si
l'on fait difficulté à cause de la grande jeunesse,
qu'on fasse voir la facilité de notre institut, qui n'a
rien de fort fâcheux, excepté l'observation de trois
vux, et, ce qui est fort remarquable qu'aucune règle
n'oblige pas, même sous peine de péché véniel.
Chapitre XIV
Des cas réservés
et des motifs de renvoi de la Société
01. Outre les cas exprimés
dans les constitutions, et dont le supérieur seul ou le
confesseur ordinaire, avec sa permission, pourra absoudre, il
y a la sodomie la mollesse, la fornication, l'adultère,
l'attouchement impudique d'un mâle ou d'une femelle; et
outre cela si quelqu'un, sous prétexte de zèle,
fait quelque' chose de grave contre la Société,
son honneur où son intérêt tous motifs légitimes
de congédier ceux qui en sont coupables.
02. Si quelqu'un avoue en confession
quelque chose de semblable, qu'on ne lui adonne pas l'absolution
avant qu'il ait promis qu'il le déclarera au supérieur
de lui-même ou par son confesseur; alors le supérieur
agira au mieux de la Société; et si l'on a quelque
espérance de cacher le crime, il faudra punir le coupable
par une pénitence convenable ou le congédier au
plus tôt; que cependant le confesseur se garde bien de
dire au pénitent qu'il est en danger d'être mis
dehors.
03. Si quelqu'un de nos confesseurs
a oui de quelque personne étrangère qu'elle a commis
quelque chose de honteux avec quelqu'un de la Société,
qu'il ne l'absolve pas avant qu'elle lui ait dit, hors de la
confession, le nom de celui avec lequel elle a péché;
si elle le dit, qu'on la fasse jurer qu'elle ne le dira jamais
à personne sans le consentement de la Société.
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04. Si deux des nôtres ont
péché charnellement, que celui qui le déclarera
le premier soit retenu dans la Société et l'autre
congédié. Mais que celui que l'on retient soit
ensuite si fort mortifié et si maltraité, que par
chagrin et par impatience il donne occasion de le congédier,
occasion qu'il faudra saisir aussitôt.
05. La Compagnie étant
un corps noble et excellent dans l'Église, elle pourra
retrancher d'elle-même ceux qui ne paraîtront pas
propres à l'exécution de notre institut, quoiqu'on
'en fût satisfait au commencement, et l'on en trouvera
facilement l'occasion si on les maltraite perpétuellement
et que tout se fasse contre leur inclination si on les met sous
des supérieurs sévères et qu'on les éloigne
des études et des fonctions les plus honorables, etc.,
jusqu'à ce qu'ils viennent à murmurer.
06. Il ne faut retenir en aucune
manière ceux qui s'élèvent ouvertement contre
les supérieurs, ou qui se plaignent en public ou en secret
de leurs confrères et ni ceux qui, auprès des nôtres
ou des étrangers, condamnent la conduite de la Société,
pour ce qui regarde l'acquisition ou l'administration des biens
temporels ou ses autres manières d'agir; par exemple,
de fouler aux pieds ou d'opprimer ceux qui ne lui veulent pas
'de bien ou qu'elle a chassés; etc., et même ceux
qui dans la conversation' souffrent ou défendent les Vénitiens,
les Français et les autres par lesquels la Compagnie a
été chassée ou a souffert de grands dommages.
07. Avant de mettre dehors quelqu'un,
il le faut extrêmement maltraiter, l'éloigner des
fonctions auxquelles il est accoutumé, et l'appliquer
à diverses choses. Quoiqu'il les .fasse bien, il le faut
censurer, et, sous ce prétexte l'appliquer encore à
une autre chose; pour une légère faute qu'il aura
commise qu'on lui impose de rudes peines, qu'on lui fasse en
public de la confusion jusqu'à le faire impatienter, et
enfin qu'on le chasse comme étant dangereux pour les autres,
et pour cela qu'on choisisse une occasion qu'il ne soupçonne
pas.
08. Si quelqu'un des nôtres
a une espérance certaine d'obtenir un évêché,
ou quelque autre dignité ecclésiastique, contre
les veux ordinaires de la Société qu'on le contraigne
d'en faire un autre; c'est qu'il aura toujours de bons sentiments
pour l'institut de la Société, qu'il en parlera
bien, qu'il n'aura point de confesseur qui n'en soit, et qu'il
ne fera rien qui soit de quelque conséquence qu'après
avoir oui le jugement de la Société. Ce qui n'ayant
pas été observé par le cardinal Tolet la
Société a obtenu du Saint siège qu'aucun
marrane, descendu des juifs ou des mahométans, n'y serait
admis qui ne voudrait faire un semblable vu et que, quelque
célèbre qu'il fût on le mettrait dehors comme
un violent ennemi de la Société.
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Chapitre XV
Comment il faut se conduire
envers les religieuses et les dévotes
01. Que les confesseurs et les
prédicateurs se gardent bien d'offenser les religieuses,
ou de leur donner aucune tentation contre leur vocation; mais,
au contraire, ayant gagné l'affection des supérieures,
qu'ils fassent en sorte de recevoir au moins les confessions
extraordinaires et qu'ils les entretiennent s'ils espèrent
bientôt quelque reconnaissance pour eux. Car les abbesses,
principalement les riches et les nobles peuvent beaucoup servir
la Société, et par elles-mêmes, Et par leurs
parents et leurs amis, en sorte que, par la connaissance des
principaux monastères, la Société peut parvenir
à la connaissance et à l'amitié de presque
toute la ville.
02. Il faudra néanmoins
défendre à nos dévotes de fréquenter
des monastères de femmes de peur que leur manière
de vivre ne leur plaise davantage, et que la Société
ne soit frustrée dans l'attente de tous les biens qu'elles
possèdent. Qu'on les engage à faire vu de
chasteté et d'obéissance entre les mains de leur
confesseur; et qu'on leur montre que cette manière de
vivre est conforme aux murs de la primitive Église, puisqu'elle
éclaire dans la maison et qu'elle n'est point cachée
sous 1e boisseau, sans que les âmes en soient édifiées;
outre qu'à l'exemple des veuves de l'Évangile,
elles font du bien à Jésus-christ en donnant à
sa Compagnie. Enfin, qu'on leur dise tout ce qui se peut dire
au préjudice de la vie Claustrale; et qu'on leur fasse
ces instructions sous le sceau du silence, de peur qu'elles ne
viennent aux oreilles des religieux.
Chapitre XVI
De la manière de faire
profession de mépriser les richesses
01. Pour éviter que les
séculiers ne nous attribuent trop de passion pour les
richesses, il sera utile de refuser quelquefois les aumônes
de moindre conséquence, que l'on offre pour les offices
rendus par notre Société; quoiqu'il faille accepter
les moindres des gens qui nous sont attachés de peur qu'on
ne nous accuse d'avarice si nous ne recevons que les plus considérables.
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02. Il faudra refuser la sépulture
aux personnes obscures dans nos églises, quoiqu'elles
aient été fort attachées à la Société,
de peur qu'il ne semble que nous cherchions des richesses par
la multitude des morts, et que l'on ne voie le profit que nous
faisons.
03. Il faudra agir fort résolument
à l'égard des veuves et des autres personnes qui
auront donné leurs biens à la Société,
et avec plus de vigueur tout étant égal, qu'avec
les autres, de peur qu'il ne semble que nous favorisions plus
les uns que les autres, par la considération des biens
temporels. Il faut même observer la même chose à
l'égard de ceux qui sont dans la Société,
mais avec toute sorte de prudence, afin qu'ils laissent au moins
une partie à la Compagnie de ce qu'ils lui ont donné,
ou qu'ils le lui lèguent par testament en mourant.
Chapitre XVII
Des moyens davancer
la société
01. Que tous tâchent principalement,
même en des choses de petite importance, d'être du
même sentiment, ou au moins qu'ils le disent extérieurement;
car ainsi quelque trouble qu'il y ait dans les affaires du monde,
la Société s'augmentera et s'affermira nécessairement.
02. Que tous s'efforcent de briller
par leur savoir et par leur bon exemple, afin qu'ils surpassent
tous les autres religieux, et particulièrement les pasteurs,
etc.; et qu'enfin, le vulgaire fasse que les nôtres fassent
tout. Que l'on dise même en public qu'il n'est pas besoin
que les pasteurs aient tant de savoir, pourvu qu'ils s'acquittent
bien de leurs devoirs, parce qu'ils peuvent se servir du conseil
de la Société qui, à cause de cela, doit
avoir les études en grande recommandation.
03. Il faut faire goûter
aux rois et aux princes cette doctrine que la foi catholique
ne peut subsister dans l'état présent sans politique;
mais en cela il faut employer beaucoup de discrétion.
Par là les nôtres seront agréables aux grands
et seront reçus dans les conseils les plus secrets.
04. On pourra entretenir leur
bienveillance en transcrivant de tontes parts des nouvelles choisies
et assurées.
05. II ne sera pas d'un petit
avantage d'entretenir secrètement et avec prudence les
divisions des grands, même en ruinant mutuellement leur
puissance. Que, si l'on voit qu'il y a apparence qu'ils se réconcilieront,
la Société tâchera d'abord de les accorder,
de peur qu'elle ne soit prévenue par dautres
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06. Il faudra en toute manière
persuader au vulgaire principalement et aux: grands que la Société
n'a pas été établie sans une providence
divine particulière, selon les prophéties de l'abbé
Joachim, afin que l'Église, humiliée par les hérétiques,
soit relevée.
07. Après avoir gagné
la faveur des grands et des évêques, il faudra se
saisir des cures et des canonicats, pour réformer plus
exactement le clergé qui vivait autrefois sous une certaine
règle avec ses évêques et tendait à
la perfection. Enfin, il faudra aspirer aux abbayes et aux prélatures,
qu'il ne sera pas difficile d'avoir, si l'on considère
la fainéantise et la stupidité des moines, lorsqu'elles
viendront à vaquer ; car il serait avantageux à
l'Église, que tous les évêchés fussent
tenus par la Société, et même le siège
apostolique, principalement si le pape devenait prince temporel
de tous les biens. C'est pourquoi il faut peu à peu, mais
prudemment et secrètement, étendre le temporel
de la Société; et il ne faut pas douter que ce
ne fût alors un siècle d'or, que l'on n'y jouit
d'une paix continuelle et universelle, et que, par conséquent,
la bénédiction divine n'accompagnât l'Église,
08. Que si l'on n'espère
pas parvenir là, puisqu'il est nécessaire qu'il
arrive des scandales, il faudra changer de politique selon le
temps, et exciter tous les princes amis des nôtres à
se faire mutuellement de terribles guerres, afin que l'on implore
partout le secours de la Société, et qu'on l'emploie
à la réconciliation publique, comme la cause du
bien commun, et qu'elle soit récompensée des principaux
bénéfices et des dignités ecclésiastiques.
09. Enfin, la Société
après avoir gagné la faveur et la protection des
princes, tâchera d'être au moins redoutée
de ceux dont elle n'est pas aimée.
La
fin |